L’IMPRESSIONNISME : HISTOIRE D’UN MOUVEMENT PICTURAL
L’impressionnisme est né en France au XIX siècle en réaction contre la peinture académique (romantisme, neo-classicisme, réalisme) parce qu’à cette époque, Edouard Manet (1832-1883) exploitait les qualités plastiques du motif et révolutionne l’art de peindre en refusant le modelé en clair-obscur. Sous l’influence immédiate de Manet, les jeunes peintres ont adopté de 1865 à 1870 la technique des tons clairs et appliqués à la peinture en plein air, directement devant la nature. Il y a eu deux expositions principales en 1874 et en 1877 qui révèlent des oeuvres d’un caractère neuf et original comme « Impression, Soleil levant », (1872, musée Marmontan, Paris) de Claude Monet, qu’on considère comme l’initiateur de ce mouvement.
Dans l’histoire de la peinture du 19e siècle en France, Il y avait une rupture entre un art académique qui a été sous le régime du Napoléon III (1852 – 1870), et un art indépendant (le premier nom du groupe Impressionniste) qui a révolutionné contre d’abord le romantisme comme Delacroix (1798 – 1863), puis le réaliste comme Courbet (1819-1877), et le naturaliste comme Corot (1796 – 1875) qui est un des peintres de l’Ecole de Barbizon, entre 1830 et 1860, installée dans la forêt de Fontainebleau.

Delacroix, Courbet, et Corot représentaient l’avant-garde de la peinture française entre 1820 et 1850 et allaient constituer les modèles dont tous les impressionnistes vont s’inspirer à leurs débuts. Cette rupture s’est manifesté sur de plan politique, esthétique, sociologique et géographique parce que d’abord la plupart des peintres réalistes ou naturalistes sont républicains et opposants au Coup d’Etat de Napoléon III. Puis ils détestent les historiques ou mythologiques des peintres académiques, et souhaitent exprimer les beautés simples de la nature, la vie de leurs contemporains les plus humbles. Ensuite les nouveaux peintres sont issus de milieux populaires et ne sont plus liés à l’aristocratie au pouvoir. Et ils sont collecte de sites préservés de la revolution industrielle (Barbizon, Normandie). Cette politique n’a pas empêché la tardive renommée de Corot de croître jusqu’à le faire connaître du grand public de son vivant.
Corot, qui a terminé son oeuvre quand les impressionniste sont arrivé en scène, est déjà un peintre moderne et fait figure de précurseur des impressionnistes.
Le mouvement impressionniste est né et s’est développé dans les cafés à Paris.
Le café Guerbois, situé rue des batignolles, est devenu le lieu où Manet et ses amis ont pris l’habitude de ces rencontres en 1866. Ces peintres qui devaient s’appeler plus tard les Impressionnistes étaient déjà d’instinct des indépendants. Ils se sentaient entraînés à rompre avec les règles traditionnelles. Ils s’étaient en conséquence donnés pour guides Courbet (1819 – 1877) et Corot (1796 – 1875) qui avaient alors porté la peinture le plus avant dans l’observation directe de la nature et de la vie. Ce sont ces deux maîtres (Courbet et Corot) qu’ils ont d’abord suivis, chacun à part soi, sans s’être encore connus ou rencontrés. Pissarro et Morisot ont profité des conseils de Corot, Renoir a peint un moment sous l’influence dé Courbet, Cézanne a emprunté à Courbet, au début, sa tonalité et sa palette. Si l’on pouvait rassembler les toutes premières oeuvres des hommes qui sont devenus les Impressionnistes, on verrait, avec des différences individuelles pointant déjà, un fond commun d’une même gamme, allant des procédés de Courbet à ceux de Corot. C’est alors que Manet est survenu. Grâce à ces rencontres, ils développaient la théorie et la pratique de la peinture par tons clairs en plein air comme l’explosion des couleurs, le jaillissement de la lumière, le troisième dimension, les reflets et taches, la modernité et la vie quotidienne. Après une exposition au Salon des refusés de 1870 où le tableau de Fantin-Latour, sous le titre d’un atelier aux Batignolles, a été exposé, Manet et ses amis ont été désignés comme formant l’école des Batignolles. C’est pourquoi, le deuxième nom du groupe impressionniste était le groupe des Batignolles (1869-1875).
Ce groupe où Manet est devenu le chef de file de jeunes peintres : Monet (1840–1926), Renoir (1841-1919), Sisley (1839-1899), Bazille (1841-1870), Degas (1834-1914) révolutionne la peinture et annonce l’art moderne en refusant le modelé en clairobscur, le contraste du blanc et du noir totalement opposés ; entre ces extrêmes, s’étend une infinité de tons gris clair et foncé. Puisque l’impressionniste travaille à une nouvelle manière de peindre liée à une manière de voir, il recueille des sensations visuelles des paysages et peint la lumière vue uniquement en vibrations colorées. Donc il voit et rend la nature telle qu’elle est. Cette conception commande toute sa peinture ; et c’est la peinture des êtres ou des choses dans leur atmosphère, la peinture en plein air ; directement devant la nature parce que les impressionnistes vont chercher la lumière et la couleur. L’emploi exclusif des tons clairs et l’usage persistant de peindre en plein air, dans la lumière, forme une combinaison neuve et hardie, d’où l’art apparaît avec des traits nouveaux. En effet le peintre qui se tient tout le temps devant la nature est conduit à en saisir les colorations variées et fugitives, négligées jusqu’alors.
L’oeil domine chez le peintre. L’académique ne voit que la lumière blanche et les choses se plaçant selon leur plan respectif et régulier. Tandis que les impressionnistes voient la lumière baignant dans de riches décompositions prismatiques. De plus, ils voient les réelles lignes vivantes sans formes géométriques mais bâties de mille touches irrégulières qui établissent la vie. Et ils voient aussi la perspective établie par les mille riens de tons et de touches, par les variétés d’états, l’air suivant leur plan non immobile mais remuant. A propos des sujets peints, le peintre romantique peint des sujets héroïques ou dramatiques, quelques fois pris selon la manière antique qui est basée sur la mythologie. Ensuite, le neo-classicisme choisit des sujets mythologiques qui s’attachent à traduire avant tout la beauté et le noblesse. Enfin, les réalistes veulent représenter les scène de la vie quotidienne du peuple, la réalité de l’époque. En revanche, les impressionnistes peignent le paysage et la vie quotidienne parce qu’ils trouvent des sources d’inspirations dans les constructions modernes, notamment les gares ou le pont de chemin de fer et de nouvelles classes sociales comme les clients des cafés et les promeneurs des brillantes avenues parisiennes.
Le salon tient une place importante dans la vie des impressionnistes. En effet, pour subsister l’artiste doit vendre ses toiles et les fait connaître au public. C’est le salon de Paris qui constitue le lieu de rencontre privilégié avec les acheteurs potentiels et fixe la valeur des oeuvres. A partir de 1863, les impressionnistes se voyaient le plus souvent refuser l’accès au salon pour exposer leurs toiles, mais en 1874, l’atelier de Nadar a servi à leur première exposition. Cette nouvelle formule commençait donc à être connue dans le monde qui s’occupait des oeuvres artistiques grâce à la première exposition.
Cette première exposition dont la salle était un ancien atelier du photographe Nadar, boulevard des Capucines, a duré un mois (du 15 avril au 15 mai 1874) et a suscité de larges critiques dans la presse. Les participants comme Monet, Berthe Morisot (1841-1895), Renoir, Degas, Pissaro (1830-1903), Cézanne (1839-1906), Guillaumin avaient enfin la liberté de présenter ce qu’ils souhaitaient sans dépendre de l’appréciation d’un jury. Le but de l’organisation était de promouvoir un nouveau style pictural. Dans cette exposition il y avait 165 oeuvres exposées d’artistes différents (30 exposants) dont l’une avait pour titre Impression, soleil levant de Monet, une vue prise dans le port du Havre.
« Impression, Soleil levant » de Claude Monet
Huile sur la toile, 48 x 63 centimètres
La forme se confondait avec le coup de pinceau ; ainsi les touches horizontals évoquaient le clapotis des flots. Des bateaux sur l’eau apparaissaient au travers d’unebuée transparente. La barque noire faisait ressortir le disque incandescent du soleil rouge qui distribuait ainsi la lumière. Au niveau de l’utilisation des couleurs (2 couleurs primaires rouge et bleue ; 2 couleurs secondaires vert et orange), la brume est devenue rose et l’eau possédait des reflets verts et violets. Au titre Impression correspondait une technique entièrement nouvelle ; une touche rapide et légère et des contours fondus. Le choix des couleurs a été, de plus, particulièrement soigné.
Claude Monet aime les effets atmosphériques et la lumière qui dissout les forme.  C’est pour cette raison que son style est resté si moderne, presque contemporain. Il est considéré comme le leader artistique de l’Impressionniste grâce à sa toile « Impression, Soleil levant » qu’il produisait à cette exposition du groupe. Cette oeuvre donnait bien la formule de l’art nouveau, aussi par son titre et sa facture a-t-elle fait naître l’expression qui paraissait le mieux caractériser les artistes Impressionnistes. Parmi ces oeuvres exposées il y avait des tableaux très connus aujourd’hui comme :
• « Au course en province ou l’attelage » de Degas
• « Impression, Soleil levant » de Monet
• « Le berceau » de Berthe Morisot
• « La loge » de Renoir
En 1874, Louis Leroy, mettait « Exposition des Impressionnistes », en tête d’un article de Le Charivari, un journal satirique qui a inventé le mot « Impressionniste », venu en quelque sorte spontanément sur les lèvres de visiteurs, restant associé à ce nouveau nom de la peinture.
Le nom d’Impressionniste est devenu d’un usage courant, à l’occasion de la seconde exposition qui a eu lieu à la galerie Durand-Ruel, rue Le Peletier en 1876. Claude Monet, Berthe Morisot, Pissaro, Renoir, Sisley, Caillebotte (1848-1894) y présentaient ensemble leurs oeuvres (250 oeuvres exposées) au public. A cette exposition, il y a eu moins de public qu’à la première. Elle n’a pas eu un meilleur success que la première. Les Impressionnistes (20 exposants) retiraient donc de leur seconde exposition un surcroît de notoriété, mais sans progresser dans la faveur publique. Au contraire, à mesure qu’ils devenaient plus connus, ils se voyaient plus méprisés. Cette exposition est disposée selon différents thèmes car chacun a son style, ses préoccupations et ses thèmes mais les toiles les plus osées venaient de Claude Monet, qui s’était mis tout de suite, avec le plus de hardiesse, à peindre en plein air, en tons clairs et tranchés.
L’exposition est devenue un événement parisien. On parle comme d’une chose surprenant dans les cafés du Boulevard, les cercles et les Salons. Elle a donc été très visitée. Le nom « impressionniste » a été adopté la première fois par les artistes euxmêmes pour leur troisième exposition de groupe en 1877 qui a annoncé comme «exposition de peinture ». 18 artistes y participaient et y ont présenté les 230 oeuvres parmi lesquelles 6 Caillebotte, 16 Cézanne, 25 Degas et 35 Monet. Dans cette exposition il y avait beaucoup de prêts de tableau. Elle a eu lieu rue Le Peletier dans un appartement loué et l’événement avait bénéficié d’une importante publicité. Cette manifestation a suscité des nombreux échos dans la presse, pas moins de 50 articles ont paru dans des journaux et revues diverses. Le chef d’oeuvre de Renoir « Bal au moulin de la galette (1876) » occupait la place d’honneur. La disposition avait été contrairement aux deux expositions précédant soigneusement préparée selon different thèmes : paysage ruraux et urbains, scène de genres, portrait et natures mortes. Le but des peintres à ce salon était d’affirmer la cohérence stylistique de la demarche impressionniste.
Les expositions des Impressionnistes se sont arrêtées à l’année 1886. Les Impressionnistes vont donc continuer individuellement. Le groupe a fait un effort d’ensemble pour un art nouveau dont les techniques picturales sont de capter immédiatement l’impression visuelle ressentie face à un paysage ou à une scène extérieure afin de les fixer sur la toile, comme la photographie qui permettait aux artistes de retrouver le vrai et d’imiter la nature d’une façon plus précise. D’une part elle permettait de diminuer les temps de pose des modèles à quelques secondes à la place de plusieurs heures, par exemple, « La Gare Saint – Lazare » (1877, musée d’Orsay, Paris) qui inspire sept toiles à Monet, d’autre part pour traduire aux mieux la sensation naturelle de plein air, les impressionnistes utilisent les harmonies et contrastes des couleurs spectrales du soleil (le contraste chaud-froid) :
• Les couleurs primaires : bleu, jaune, rouge.
• Les couleurs complémentaires : vert, orange, violet.
• Les couleurs intermédiaires : doré, vert chartreuse, turquoise, indigo, pourpre, écarlate.
• Le blanc.
Ils évitent soigneusement le gris et noir. Cette découverte de nouveaux colorants a permis au chimiste Eugène Chevreul de créer le cercle chromatique pour représenter et classer les couleurs.
Dans l’histoire artistique, les effets lumineux et la matière picturale, ce ne sont que des moyens au service d’une représentation. Les impressionnistes ont conquis le public grâce à leurs propres expositions en 12 ans (8 expositions au total). Beaucoup de peintres ont du talent, mais les impressionnistes avaient du génie. Ils voyaient le monde qui nous entoure comme personne d’autre ne le voyait, et ils l’ont peint de telle manière qu’en regardant aujourd’hui leurs tableaux, on s’exclame : “Mais oui, c’est bien cela : la lumière, les couleurs, les reflets…”. Leur influence s’est exercée de toutes partes ; par exemple, l’impressionnisme est un point de départ pour Seurat et Signac, les maîtres du néo-impressionnisme, pour Paul Gauguin et Vincent Van Gogh ainsi que pour de nombreux postimpressionnisme, en France et à l’étranger.
Bibliographie
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F. Giboulet et M. Mengelle-Barilleau, 2001, Repères pratiques : La Peinture, Nathan.
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___, Les impressionnistes et leur époque ; http://membre.lycos.fr/jihelas
___, L’impressionnisme ; http://fr.wikipedia.org/impressionnisme
___, Monet. Études et analyses des toiles ; http://www.freewarriors.org/lumière.htm
Théodore Duret, Histoire des peintres impressionnistes, L’encyclopédie de l’Agora ;
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Véronique Prat, Balades impressionnistes, 2003, le Figaro Magazine : Art exposition, p. 62 – 65, Cahier No. 3 le Figaro du samedi, 14 juin 2003 no. 18304.
http://www.figaro.fr
*) Drs. R. Okta Kurniawan, MM.,  Professeur de FLE à Pusdiklat Bahasa Badiklat Dephan, Dossier exposé le 7 juin 2004 à CNFI – CIFR, EGR, Rochefort, France.